— Sauvé! murmura machinalement le gentilhomme en lâchant la crinière et en se laissant glisser de dessus la selle aux bras de Raoul.
Raoul n'était qu'à dix pas de la rive; il y porta le gentilhomme évanoui, le coucha sur l'herbe, desserra les cordons de son col et déboutonna les agrafes de son pourpoint.
Une minute après, l'homme aux cheveux gris était près de lui.
Olivain avait fini par aborder à son tour après force signes de croix, et les gens du bac se dirigeaient du mieux qu'ils pouvaient vers le bord, à l'aide d'une perche qui se trouvait par hasard dans le bateau.
Peu à peu, grâce aux soins de Raoul et de l'homme qui accompagnait le jeune cavalier, la vie revint sur les joues pâles du moribond, qui ouvrit d'abord deux yeux égarés, mais qui bientôt se fixèrent sur celui qui l'avait sauvé.
— Ah! monsieur, s'écria-t-il, c'est vous que je cherchais: sans vous j'étais mort, trois fois mort.
— Mais on ressuscite, monsieur, comme vous voyez, dit Raoul, et nous en serons quittes pour un bain.
— Ah! monsieur, que de reconnaissance! s'écria l'homme aux cheveux gris.
— Ah! vous voilà, mon bon d'Arminges! je vous ai fait grand'peur, n'est-ce pas? mais c'est votre faute: vous étiez mon précepteur, pourquoi ne m'avez-vous pas fait apprendre à mieux nager?
— Ah! monsieur le comte, dit le vieillard, s'il vous était arrivé malheur, je n'aurais jamais osé me représenter devant le maréchal.