— C'est quelque lâche assassinat, dit de Guiche.

— Ce sont des soldats cependant, reprit Bragelonne.

— Oui, mais des partisans, c'est-à-dire des voleurs de grand chemin.

— Donnons! dit Raoul.

— Donnons! dit de Guiche.

— Messieurs! s'écria le pauvre gouverneur; messieurs, au nom du ciel…

Mais les jeunes gens n'écoutaient point. Ils étaient partis à l'envi l'un de l'autre, et les cris du gouverneur n'eurent d'autre résultat que de donner l'éveil aux Espagnols.

Aussitôt les trois partisans qui étaient à cheval s'élancèrent à la rencontre des jeunes gens, tandis que les trois autres achevaient de dévaliser les deux voyageurs; car, en approchant, les deux jeunes gens, au lieu d'un corps étendu, en aperçurent deux.

À dix pas, de Guiche tira le premier et manqua son homme; l'Espagnol qui venait au-devant de Raoul tira à son tour, et Raoul sentit au bras gauche une douleur pareille à un coup de fouet. À quatre pas, il lâcha son coup, et l'Espagnol, frappé au milieu de la poitrine, étendit les bras et tomba à la renverse sur la croupe de son cheval, qui tourna bride et l'emporta.

En ce moment, Raoul vit comme à travers un nuage le canon d'un mousquet se diriger sur lui. La recommandation d'Athos lui revint à l'esprit: par un mouvement rapide comme l'éclair, il fit cabrer sa monture, le coup partit.