— Allez, monsieur le comte, dit le gouverneur; mais au nom du ciel! ne vous exposez pas.
— Soyez tranquille. D'ailleurs, nous sommes sauvés pour aujourd'hui; vous connaissez l'axiome: Non bis in idem.
— Bon courage, monsieur! dit Raoul au blessé, nous allons exécuter votre désir.
— Dieu vous bénisse, messieurs! répondit le, moribond avec un accent de reconnaissance impossible à décrire.
Et les deux jeunes gens partirent au galop dans la direction indiquée, tandis que le gouverneur du comte de Guiche présidait à la confection du brancard.
Au bout de dix minutes de marche les deux jeunes gens aperçurent l'auberge.
Raoul, sans descendre de cheval, appela l'hôte, le prévint qu'on allait lui amener un blessé et le pria de préparer, en attendant, tout ce qui serait nécessaire à son pansement, c'est-à-dire un lit, des bandes, de la charpie, l'invitant en outre, s'il connaissait dans les environs quelque médecin, chirurgien ou opérateur, à renvoyer chercher, se chargeant, lui, de récompenser le messager.
L'hôte, qui vit deux jeunes seigneurs richement vêtus, promit tout ce qu'ils lui demandèrent, et nos deux cavaliers, après avoir vu commencer les préparatifs de la réception, partirent de nouveau et piquèrent vivement vers Greney.
Ils avaient fait plus d'une lieue et distinguaient déjà les premières maisons du village dont les toits couverts de tuiles rougeâtres se détachaient vigoureusement sur les arbres verts qui les environnaient, lorsqu'ils aperçurent, venant à leur rencontre, monté sur une mule, un pauvre moine qu'à son large chapeau et à sa robe de laine grise ils prirent pour un frère augustin. Cette fois le hasard semblait leur envoyer ce qu'ils cherchaient.
Ils s'approchèrent du moine.