— Comte de Guiche, reprit le prince, il y a longtemps que vous n'avez vu votre père, restez près de lui. Monsieur, continua-t-il en s'adressant à Raoul, si vous n'êtes pas trop fatigué, suivez- moi.
— Au bout du monde! Monseigneur, s'écria Raoul, éprouvant pour ce jeune général, qui lui paraissait si digne de sa renommée, un enthousiasme inconnu.
Le prince sourit; il méprisait les flatteurs, mais estimait fort les enthousiastes.
— Allons, monsieur, dit-il, vous êtes bon au conseil, nous venons de l'éprouver; demain nous verrons comment vous êtes à l'action.
— Et moi, Monseigneur, dit le maréchal, que ferai-je?
— Restez pour recevoir les troupes; ou je reviendrai les chercher moi-même, ou je vous enverrai un courrier pour que vous me les ameniez. Vingt gardes des mieux montés c'est tout ce dont j'ai besoin pour mon escorte.
— C'est bien peu, dit le maréchal.
— C'est assez, dit le prince. Avez-vous un bon cheval, monsieur de Bragelonne?
— Le mien a été tué ce matin, Monseigneur, et je monte provisoirement celui de mon laquais.
— Demandez et choisissez vous-même dans mes écuries celui qui vous conviendra. Pas de fausse honte, prenez le cheval qui vous semblera le meilleur. Vous en aurez besoin ce soir peut-être, et demain certainement.