— Mais alors, dit la reine, si c'est votre avis et que vous lui portiez vraiment intérêt, envoyez-lui quelque secours d'hommes et d'argent; car, moi, je ne puis plus rien pour lui, j'ai vendu pour l'aider jusqu'à mon dernier diamant. Il ne me reste rien, vous le savez, vous le savez mieux que personne, monsieur. S'il m'était resté quelque bijou, j'en aurais acheté du bois pour me chauffer, moi et ma fille, cet hiver.

— Ah! Madame, dit Mazarin, Votre Majesté ne sait guère ce qu'elle me demande. Du jour où un secours d'étrangers entre à la suite d'un roi pour le replacer sur le trône, c'est avouer qu'il n'a plus d'aide dans l'amour de ses sujets.

— Au fait, monsieur le cardinal, dit la reine impatientée de suivre cet esprit subtil dans le labyrinthe de mots où il s'égarait, au fait, et répondez-moi oui ou non: si le roi persiste à rester en Angleterre, lui enverrez-vous des secours? S'il vient en France, lui donnerez-vous l'hospitalité?

— Madame, dit le cardinal en affectant la plus grande franchise, je vais montrer à Votre Majesté, je l'espère, combien je lui suis dévoué et le désir que j'ai de terminer une affaire qu'elle a tant à coeur. Après quoi Votre Majesté, je pense, ne doutera plus de mon zèle à la servir.

La reine se mordait les lèvres et s'agitait d'impatience sur son fauteuil.

— Eh bien! qu'allez-vous faire? dit-elle enfin; voyons, parlez.

— Je vais à l'instant même aller consulter la reine, et nous déférerons de suite la chose au parlement.

— Avec lequel vous êtes en guerre, n'est-ce pas? Vous chargerez Broussel d'en être rapporteur. Assez, monsieur le cardinal, assez. Je vous comprends, ou plutôt j'ai tort. Allez en effet au parlement; car c'est de ce parlement, ennemi des rois, que sont venus à la fille de ce grand, de ce sublime Henri IV, que vous admirez tant, les seuls secours qui l'aient empêchée de mourir de faim et de froid cet hiver.

Et, sur ces paroles, la reine se leva avec une majestueuse indignation.

Le cardinal étendit vers elle ses mains jointes.