— Ce n'est point d'Angleterre, Madame; j'ai fait si grande diligence que je suis sûr de n'avoir point été prévenu: je suis parti il y a trois jours, j'ai passé par miracle au milieu de l'armée puritaine, j'ai pris la poste avec mon laquais Tony, et les chevaux que nous montons, nous les avons achetés à Paris. D'ailleurs, avant de rien risquer, le roi, j'en suis sûr, attendra la réponse de Votre Majesté.

— Vous lui rapporterez, milord, reprit la reine au désespoir, que je ne puis rien, que j'ai souffert autant que lui, plus que lui, obligée que je suis de manger le pain de l'exil, et de demander l'hospitalité à de faux amis qui rient de mes larmes, et que, quant à sa personne royale, il faut qu'il se sacrifie généreusement et meure en roi. J'irai mourir à ses côtés.

— Madame! Madame! s'écria de Winter, Votre Majesté s'abandonne au découragement, et peut-être nous reste-t-il encore quelque espoir.

— Plus d'amis, milord! plus d'amis dans le monde entier que vous! O mon Dieu! mon Dieu! s'écria Madame Henriette en levant les bras au ciel, avez-vous donc repris tous les coeurs généreux qui existaient sur la terre!

— J'espère que non, Madame, répondit de Winter rêveur; je vous ai parlé de quatre hommes.

— Que voulez-vous faire avec quatre hommes?

— Quatre hommes dévoués, quatre hommes résolus à mourir peuvent beaucoup, croyez-moi, Madame, et ceux dont je vous parle ont beaucoup fait dans un temps.

— Et ces quatre hommes, où sont-ils?

— Ah! voilà ce que j'ignore. Depuis près de vingt ans je les ai perdus de vue, et cependant dans toutes les occasions où j'ai vu le roi en péril j'ai songé à eux.

— Et ces hommes étaient vos amis?