Milord de Winter commençait à craindre qu'Aramis ne vînt pas.

— Patience, dit Athos, qui tenait ses yeux fixés dans la direction de la rue du Bac, patience, voici un abbé qui donne une gourmade à un homme et qui salue une femme, ce doit être Aramis.

C'était lui en effet: un jeune bourgeois qui bayait aux corneilles s'était trouvé sur son chemin, et d'un coup de poing Aramis, qu'il avait éclaboussé, l'avait envoyé à dix pas. En même temps une de ses pénitentes avait passé; et comme elle était jeune et jolie, Aramis l'avait saluée de son plus gracieux sourire. En un instant Aramis fut près d'eux.

Ce furent, comme on le comprend bien, de grandes embrassades entre lui et lord de Winter.

— Où allons-nous? dit Aramis; est-ce qu'on se bat par là, sacrebleu? Je n'ai pas d'épée ce matin, et il faut que je repasse chez moi pour en prendre une.

— Non, dit de Winter, nous allons faire visite à Sa Majesté la reine d'Angleterre.

— Ah! fort bien, dit Aramis; et dans quel but cette visite? continua-t-il en se penchant à l'oreille d'Athos.

— Ma foi, je n'en sais rien; quelque témoignage qu'on réclame de nous, peut-être?

— Ne serait-ce point pour cette maudite affaire? dit Aramis. Dans ce cas je ne me soucierais pas trop d'y aller, car ce serait pour empocher quelque semonce; et depuis que j'en donne aux autres, je n'aime pas à en recevoir.

— Si cela était ainsi, dit Athos, nous ne serions pas conduits à Sa Majesté par lord de Winter, car il en aurait sa part: il était des nôtres.