— Madame, dit Aramis, j'en demande pardon à Votre Majesté, mais je ne saurais cacher mon indignation de voir qu'à la cour de France on traite ainsi la fille de Henri IV.

— Monsieur n'est point cavalier? dit la reine à lord de Winter.

— Monsieur est l'abbé d'Herblay, répondit celui-ci.

Aramis rougit.

— Madame, dit-il, je suis abbé, il est vrai, mais c'est contre mon gré; jamais je n'eus de vocation pour le petit collet: ma soutane ne tient qu'à un bouton, et je suis toujours prêt à redevenir mousquetaire. Ce matin, ignorant que j'aurais l'honneur de voir Votre Majesté, je me suis affublé de ces habits, mais je n'en suis pas moins l'homme que Votre Majesté trouvera le plus dévoué à son service, quelque chose qu'elle veuille ordonner.

— Monsieur le chevalier d'Herblay, reprit de Winter, est l'un de ces vaillants mousquetaires de Sa Majesté le roi Louis XIII dont je vous ai parlé, Madame… Puis, se retournant vers Athos: Quant à monsieur, continua-t-il, c'est ce noble comte de La Fère dont la haute réputation est si bien connue de Votre Majesté.

— Messieurs, dit la reine, j'avais autour de moi, il y a quelques années, des gentilshommes, des trésors, des armées; à un signe de ma main tout cela s'employait pour mon service. Aujourd'hui, regardez autour de moi, cela vous surprendra sans doute; mais pour accomplir un dessein qui doit me sauver la vie, je n'ai que lord de Winter, un ami de vingt ans, et vous, messieurs, que je vois pour la première fois, et que je ne connais que comme mes compatriotes.

— C'est assez, Madame, dit Athos en saluant profondément, si la vie de trois hommes peut racheter la vôtre.

— Merci, messieurs. Mais écoutez-moi, poursuivit-elle, je suis non seulement la plus misérable des reines, mais la plus malheureuse des mères, la plus désespérée des épouses: mes enfants, deux du moins, le duc d'York et la princesse Charlotte, sont loin de moi, exposés aux coups des ambitieux et des ennemis; le roi mon mari traîne en Angleterre une existence si douloureuse, que c'est peu dire en vous affirmant qu'il cherche la mort comme une chose désirable. Tenez, messieurs, voici la lettre qu'il me fit tenir par milord de Winter. Lisez.

Athos et Aramis s'excusèrent.