— Je ne veux point humilier Votre Majesté, reprit Mazarin, revenant à un ton plus calme, mais en même temps d'une fermeté étrange. Je veux qu'on respecte la reine et qu'on respecte son ministre, puisque aux yeux de tous je ne suis que cela. Votre Majesté sait, elle, que je ne suis pas, comme beaucoup de gens le disent, un pantin venu d'Italie; il faut que tout le monde le sache comme Votre Majesté.
— Eh bien donc, que dois-je faire? dit Anne d'Autriche courbée sous cette voix dominatrice.
— Vous devez chercher dans votre souvenir le nom de ces hommes fidèles et dévoués qui ont passé la mer malgré M. de Richelieu, en laissant des traces de leur sang tout le long de la route, pour rapporter à Votre Majesté certaine parure qu'elle avait donnée à M. de Buckingham.
Anne se leva majestueuse et irritée comme si un ressort d'acier l'eût fait bondir, et, regardant le cardinal avec cette hauteur et cette dignité qui la rendaient si puissante aux jours de sa jeunesse:
— Vous m'insultez, monsieur! dit-elle.
— Je veux enfin, continua Mazarin, achevant la pensée qu'avait tranchée par le milieu le mouvement de la reine, je veux que vous fassiez aujourd'hui pour votre mari ce que vous avez fait autrefois pour votre amant.
— Encore cette calomnie! s'écria la reine. Je la croyais cependant bien morte et bien étouffée, car vous me l'aviez épargnée jusqu'à présent; mais voilà que vous m'en parlez à votre tour. Tant mieux! car il en sera question cette fois entre nous, et tout sera fini, entendez-vous bien?
— Mais, Madame, dit Mazarin étonné de ce retour de force, je ne demande pas que vous me disiez tout.
— Et moi je veux tout vous dire, répondit Anne d'Autriche. Écoutez donc. Je veux vous dire qu'il y avait effectivement à cette époque quatre coeurs dévoués, quatre âmes loyales, quatre épées fidèles, qui m'ont sauvé plus que la vie, monsieur, qui m'ont sauvé l'honneur.
— Ah! vous l'avouez, dit Mazarin.