Athos et Aramis descendirent vers le port.

Par leurs habits couverts de poussière, par certain air dégagé qui fait toujours reconnaître un homme habitué aux voyages, les deux amis excitèrent l'attention de quelques promeneurs.

Ils en virent un surtout à qui leur arrivée avait produit une certaine impression. Cet homme, qu'ils avaient remarqué les premiers, par les mêmes causes qui les avaient fait, eux, remarquer des autres, allait et venait tristement sur la jetée. Dès qu'il les vit, il ne cessa de les regarder à son tour et parut brûler d'envie de leur adresser la parole.

Cet homme était jeune et pâle; il avait les yeux d'un bleu si incertain, qu'ils paraissaient s'irriter comme ceux du tigre, selon les couleurs qu'ils reflétaient; sa démarche, malgré la lenteur et l'incertitude de ses détours, était raide et hardie; il était vêtu de noir et portait une longue épée avec assez de grâce.

Arrivés sur la jetée, Athos et Aramis s'arrêtèrent à regarder un petit bateau amarré à un pieu et tout équipé comme s'il attendait.

— C'est sans doute le nôtre, dit Athos.

— Oui, répondit Aramis, et le sloop qui appareille là-bas a bien l'air d'être celui qui doit nous conduire à notre destination; maintenant, continua-t-il, pourvu que de Winter ne se fasse pas attendre. Ce n'est point amusant de demeurer ici: il n'y passe pas une seule femme.

— Chut! dit Athos: on nous écoutait.

En effet, le promeneur, qui, pendant l'examen des deux amis, avait passé et repassé plusieurs fois derrière eux, s'était arrêté au nom de Winter; mais comme sa figure n'avait exprimé aucune émotion en entendant ce nom, ce pouvait être aussi bien le hasard qui l'avait fait s'arrêter.

— Messieurs, dit le jeune homme en saluant avec beaucoup d'aisance et de politesse, pardonnez à ma curiosité, mais je vois que vous venez de Paris, ou du moins que vous êtes étrangers à Boulogne.