— Il vous donne sa parole de gentilhomme, dit Gondy.
Le maréchal leva la main en signe d'assentiment.
— «Vive le coadjuteur!» cria la foule. Quelques voix ajoutèrent même. «Vive le maréchal!» mais toutes reprirent en choeur: «À bas le Mazarin!»
La foule s'ouvrit, le chemin de la rue Saint-Honoré était le plus court. On ouvrit les barricades, et le maréchal et le reste de sa troupe firent retraite, précédés par Friquet et ses bandits, les uns faisant semblant de battre du tambour, les autres imitant le son de la trompette.
Ce fut presque une marche triomphante: seulement, derrière les gardes, les barricades se refermaient; le maréchal rongeait ses poings.
Pendant ce temps, comme nous l'avons dit, Mazarin était dans son cabinet, mettant ordre à ses petites affaires. Il avait fait demander d'Artagnan; mais, au milieu de tout ce tumulte, il n'espérait pas le voir, d'Artagnan n'étant pas de service. Au bout de dix minutes le lieutenant parut sur le seuil, suivi de son inséparable Porthos.
— Ah! venez, venez, monsou d'Artagnan, s'écria le cardinal, et soyez le bienvenu, ainsi que votre ami. Mais que se passe-t-il donc dans ce damné Paris?
— Ce qui se passe, Monseigneur! rien de bon, dit d'Artagnan en hochant la tête; la ville est en pleine révolte, et tout à l'heure, comme je traversais la rue Montorgueil avec M. du Vallon que voici et qui est bien votre serviteur, malgré mon uniforme et peut-être même à cause de mon uniforme, on a voulu nous faire crier: Vive Broussel! et faut-il que je dise, Monseigneur, ce qu'on a voulu nous faire crier encore?
— Dites, dites.
— Et: À bas Mazarin! Ma foi, voilà le grand mot lâché.