— Oui, Madame; mais je suis le bien revenu à une condition, c'est que je vous transmettrai les volontés du peuple.

— Des volontés! dit Anne d'Autriche en fronçant le sourcil. Oh! oh! monsieur le maréchal, il faut que vous vous soyez trouvé dans un bien grand danger, pour vous charger d'une ambassade si étrange!

Et ces mots furent prononcés avec un accent d'ironie qui n'échappa point au maréchal.

— Pardon, Madame, dit le maréchal, je ne suis pas avocat, je suis homme de guerre, et par conséquent peut-être je comprends mal la valeur des mots; c'est le désir et non la volonté du peuple que j'aurais dû dire. Quant à ce que vous me faites l'honneur de me répondre, je crois que vous vouliez dire que j'ai eu peur.

La reine sourit.

— Eh bien! oui, Madame, j'ai eu peur; c'est la troisième fois de ma vie que cela m'arrive, et cependant je me suis trouvé à douze batailles rangées et je ne sais combien de combats et d'escarmouches: oui, j'ai eu peur, et j'aime mieux être en face de Votre Majesté, si menaçant que soit son sourire, qu'en face de ces démons d'enfer qui m'ont accompagné jusqu'ici et qui sortent je ne sais d'où.

— Bravo! dit tout bas d'Artagnan à Porthos, bien répondu.

— Eh bien! dit la reine se mordant les lèvres, tandis que les courtisans se regardaient avec étonnement, quel est ce désir de mon peuple?

— Qu'on lui rende Broussel, Madame, dit le maréchal.

— Jamais! dit la reine, jamais!