— Oserais-je renouveler ma prière à Son Éminence?
— C'est bien, j'y vais. Attendez-moi ici.
Mazarin regarda avec attention si aucune clef n'avait été oubliée aux armoires et sortit.
Dix minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles d'Artagnan fit tout ce qu'il put pour lire à travers la première enveloppe ce qui était écrit sur la seconde; mais il n'en put venir à bout.
Mazarin rentra pâle et vivement préoccupé; il alla s'asseoir à son bureau. D'Artagnan l'examinait comme il venait d'examiner l'épître; mais l'enveloppe de son visage était presque aussi impénétrable que l'enveloppe de la lettre.
— Eh, eh! dit le Gascon, il a l'air fâché. Serait-ce contre moi?
Il médite; est-ce de m'envoyer à la Bastille? Tout beau,
Monseigneur! au premier mot que vous en dites, je vous étrangle et
me fais frondeur. On me portera en triomphe comme M. Broussel, et
Athos me proclamera le Brutus français. Ce serait drôle.
Le Gascon, avec son imagination toujours galopante, avait déjà vu tout le parti qu'il pouvait tirer de la situation.
Mais Mazarin ne donna aucun ordre de ce genre et se mit au contraire à faire patte de velours à d'Artagnan:
— Vous aviez raison, lui dit-il, mon cher monsou d'Artagnan, et vous ne pouvez partir encore.
— Ah! fit d'Artagnan.