— Au Palais-Royal! dit-il.
Le cocher, réveillé en sursaut, se dirigea vers le point désigné sans se douter que l'ordre vînt d'un autre que de son maître. Le suisse allait fermer les grilles; mais en voyant ce magnifique équipage il ne douta pas que ce ne fût une visite d'importance, et laissa passer le carrosse, qui s'arrêta sous le péristyle.
Là seulement le cocher s'aperçut que les laquais n'étaient pas derrière la voiture.
Il crut que M. le coadjuteur en avait disposé, sauta à bas du siège sans lâcher les rênes et vint ouvrir.
D'Artagnan sauta à son tour à terre, et, au moment où le cocher, effrayé en ne reconnaissant pas son maître, faisait un pas en arrière, il le saisit au collet de la main gauche, et de la droite lui mit un pistolet sur la gorge:
— Essaye de prononcer un seul mot, dit d'Artagnan, et tu es mort!
Le cocher vit à l'expression du visage de celui qui lui parlait qu'il était tombé dans un guet-apens, et il resta la bouche béante et les yeux démesurément ouverts.
Deux mousquetaires se promenaient dans la cour, d'Artagnan les appela par leur nom.
— Monsieur de Bellière, dit-il à l'un, faites-moi le plaisir de prendre les rênes des mains de ce brave homme, de monter sur le siège de la voiture, de la conduire à la porte de l'escalier dérobé et de m'attendre là; c'est pour affaire d'importance et qui tient au service du roi.
Le mousquetaire, qui savait son lieutenant incapable de faire une mauvaise plaisanterie à l'endroit du service, obéit sans dire un mot, quoique l'ordre lui parût singulier.