— Laporte, dit tout bas Anne d'Autriche, cherchez quelque livre bien ennuyeux à lire à Sa Majesté, mais ne vous déshabillez pas.
Le roi sortit accompagné du chevalier de Coislin, qui lui portait le bougeoir. L'autre enfant d'honneur fut reconduit chez lui.
Alors la reine rentra dans son appartement. Ses femmes, c'est-à- dire madame de Brégy, mademoiselle de Beaumont, madame de Motteville et Socratine sa soeur, que l'on appelait ainsi à cause de sa sagesse, venaient de lui apporter dans la garde-robe des restes du dîner, avec lesquels elle soupait, selon son habitude.
La reine alors donna ses ordres, parla d'un repas que lui offrait le surlendemain le marquis de Villequier, désigna les personnes qu'elle admettait à l'honneur d'en être, annonça pour le lendemain encore une visite au Val-de-Grâce, où elle avait l'intention de faire ses dévotions, et donna à Béringhen, son premier valet de chambre, ses ordres pour qu'il l'accompagnât.
Le souper des dames fini, la reine feignit une grande fatigue et passa dans sa chambre à coucher. Madame de Motteville, qui était de service particulier ce soir-là, l'y suivit, puis l'aida à se dévêtir. La reine alors se mit au lit, lui parla affectueusement pendant quelques minutes et la congédia.
C'était en ce moment que d'Artagnan entrait dans la cour du
Palais-Royal avec la voiture du coadjuteur.
Un instant après, les carrosses des dames d'honneur en sortaient et la grille se refermait derrière eux.
Minuit sonnait.
Cinq minutes après, Bernouin frappait à la chambre à coucher de la reine, venant par le passage secret du cardinal.
Anne d'Autriche alla ouvrir elle-même.