Les deux amis arrivèrent sur ce à l'hôtel des _Armes d'Angleterre, _où ils soupèrent de grand appétit; puis, incontinent, ils se rendirent sur le port. Un brick était prêt à mettre à la voile; et, sur le pont de ce brick, ils reconnurent Mordaunt, qui se promenait avec impatience.
— C'est incroyable, disait d'Artagnan, tandis que la barque le conduisait à bord du Standard, c'est étonnant comme ce jeune homme ressemble à quelqu'un que j'ai connu, mais je ne puis dire à qui.
Ils arrivèrent à l'escalier, et, un instant après, ils furent embarqués.
Mais l'embarquement des chevaux fut plus long que celui des hommes, et le brick ne put lever l'ancre qu'à huit heures du soir.
Le jeune homme trépignait d'impatience et commandait que l'on couvrit les mâts de voiles.
Porthos, éreinté de trois nuits sans sommeil et d'une route de soixante-dix lieues faite à cheval, s'était retiré dans sa cabine et dormait.
D'Artagnan, surmontant sa répugnance pour Mordaunt, se promenait avec lui sur le pont et faisait cent contes pour le forcer à parler.
Mousqueton avait le mal de mer.
LVIII. L'Écossais, parjure à sa foi, pour un denier vendit son roi
Et, maintenant, il faut que nos lecteurs laissent voguer tranquillement le Standard, non pas vers Londres, où d'Artagnan et Porthos croient aller, mais vers Durham, où des lettres reçues d'Angleterre pendant son séjour à Boulogne avaient ordonné à Mordaunt de se rendre, et nous suivent au camp royaliste, situé en deçà de la Tyne, auprès de la ville de Newcastle.