— Votre maître dort-il, Tony? dit en anglais l'un des deux cavaliers à un domestique couché dans un premier compartiment qui servait d'antichambre.
— Non, monsieur le comte, répondit le laquais, je ne crois pas, ou ce serait depuis bien peu de temps, car il a marché pendant plus de deux heures après avoir quitté le roi, et le bruit de ses pas a cessé à peine depuis dix minutes; d'ailleurs, ajouta le laquais en levant la portière de la tente, vous pouvez le voir.
En effet, de Winter était assis devant une ouverture, pratiquée comme une fenêtre, qui laissait pénétrer l'air de la nuit, et à travers laquelle il suivait mélancoliquement des yeux la lune, perdue, comme nous l'avons dit tout à l'heure, au milieu de gros nuages noirs.
Les deux amis s'approchèrent de de Winter, qui, la tête appuyée sur sa main, regardait le ciel; il ne les entendit pas venir et resta dans la même attitude, jusqu'au moment où il sentit qu'on lui posait la main sur l'épaule. Alors il se retourna, reconnut Athos et Aramis, et leur tendit la main.
— Avez-vous remarqué, leur dit-il, comme la lune est ce soir couleur de sang?
— Non, dit Athos, elle m'a semblé comme à l'ordinaire.
— Regardez, chevalier, dit de Winter.
— Je vous avoue, dit Aramis, que je suis comme le comte de La
Fère, et que je n'y vois rien de particulier.
— Comte, dit Athos, dans une position aussi précaire que la nôtre, c'est la terre qu'il faut examiner, et non le ciel. Avez- vous étudié nos Écossais et en êtes-vous sûr?
— Les Écossais? demanda de Winter; quels Écossais?