— Mes amis, dit Charles Ier en secouant tristement la tête, je n'en ai plus d'autres que vous trois. Un ami de vingt ans qui ne m'a jamais oublié; deux amis de huit jours que je n'oublierai jamais. Venez, messieurs, venez.

Le roi sortit de sa tente et trouva effectivement son cheval prêt. C'était un cheval isabelle qu'il montait depuis trois ans et qu'il affectionnait beaucoup.

Le cheval en le voyant hennit de plaisir.

— Ah! dit le roi, j'étais injuste, et voilà encore, sinon un ami, du moins un être qui m'aime. Toi, tu me seras fidèle, n'est-ce pas, Arthus?

Et comme s'il eût entendu ces paroles, le cheval approcha ses naseaux fumants du visage du roi, en relevant ses lèvres et en montrant joyeusement ses dents blanches.

— Oui, oui, dit le roi en le flattant de la main; oui, c'est bien, Arthus, et je suis content de toi.

Et avec cette légèreté qui faisait du roi un des meilleurs cavaliers de l'Europe, Charles se mit en selle, et, se retournant vers Athos, Aramis et de Winter:

— Eh bien! messieurs, dit-il, je vous attends.

Mais Athos était debout, immobile, les yeux fixés et la main tendue vers une ligne noire, qui suivait le rivage de la Tyne et qui s'étendait sur une longueur double de celle du camp.

— Qu'est-ce que cette ligne? dit Athos, auquel les dernières ténèbres de la nuit, luttant avec les premiers rayons du jour, ne permettaient pas bien de distinguer encore. Qu'est-ce que cette ligne? je ne l'ai pas vue hier.