— Oui, messieurs, dit-il, le roi en personne; le roi qui vient vous demander compte de ce qui se passe.

— Qu'y a-t-il donc, sire? demanda le comte de Loewen.

— Il y a, monsieur, dit le roi, se laissant emporter par la colère, que le général Cromwell est arrivé cette nuit à Newcastle; que vous le savez et que je n'en suis pas averti; il y a que l'ennemi sort de la ville et nous ferme le passage de la Tyne, que vos sentinelles ont dû voir ce mouvement, et que je n'en suis pas averti; il y a que vous m'avez, par un infâme traité, vendu deux cent mille livres sterling au parlement, mais que de ce traité au moins j'en suis averti. Voici ce qu'il y a, messieurs; répondez ou disculpez-vous, car je vous accuse.

— Sire, balbutia le comte de Loewen, sire, Votre Majesté aura été trompée par quelque faux rapport.

— J'ai vu de mes yeux l'armée ennemie s'étendre entre moi et Écosse, dit Charles, et je puis presque dire: J'ai entendu de mes propres oreilles débattre les clauses du marché.

Les chefs écossais se regardèrent en fronçant le sourcil à leur tour.

— Sire, murmura le comte de Loewen courbé sous le poids de la honte, sire, nous sommes prêts à vous donner toutes preuves.

— Je n'en demande qu'une seule, dit le roi. Mettez l'armée en bataille et marchons à l'ennemi.

— Cela ne se peut pas, sire, dit le comte.

— Comment! cela ne se peut pas! et qui empêche que cela se puisse? s'écria Charles Ier.