— Non, mon ami, dit Athos; il faut nous quitter.
— Vous quitter! dit d'Artagnan tout étourdi de cette nouvelle inattendue.
— Bah! fit Porthos; pourquoi donc nous quitter, puisque nous sommes ensemble?
— Parce que votre mission est remplie, à vous, et que vous pouvez, et que vous devez même retourner en France, mais la nôtre ne l'est pas, à nous.
— Votre mission n'est pas accomplie? dit d'Artagnan en regardant
Athos avec surprise.
— Non, mon ami, répondit Athos de sa voix si douce et si ferme à la fois. Nous sommes venus ici pour défendre le roi Charles, nous l'avons mal défendu, il nous reste à le sauver.
— Sauver le roi! fit d'Artagnan en regardant Aramis comme il avait regardé Athos.
Aramis se contenta de faire un signe de tête.
Le visage de d'Artagnan prit un air de profonde compassion; il commença à croire qu'il avait affaire à deux insensés.
— Il ne se peut pas que vous parliez sérieusement, Athos, dit d'Artagnan; le roi est au milieu d'une armée qui le conduit à Londres. Cette armée est commandée par un boucher, ou un fils de boucher, peu importe, le colonel Harrison. Le procès de Sa Majesté va être fait à son arrivée à Londres, je vous en réponds; j'en ai entendu sortir assez sur ce sujet de la bouche de M. Olivier Cromwell pour savoir à quoi m'en tenir.