— Mais votre avenir, d'Artagnan? vos ambitions, Porthos?
— Notre avenir, nos ambitions! dit d'Artagnan avec une volubilité fiévreuse; avons-nous besoin de nous occuper de cela, puisque nous sauvons le roi? Le roi sauvé, nous rassemblons ses amis, nous battons les puritains, nous reconquérons l'Angleterre, nous rentrons dans Londres avec lui, nous le reposons bien carrément sur son trône…
— Et il nous fait ducs et pairs, dit Porthos, dont les yeux étincelaient de joie, même en voyant cet avenir à travers une fable.
— Ou il nous oublie, dit d'Artagnan.
— Oh! fit Porthos.
— Dame! cela s'est vu, ami Porthos; et il me semble que nous avons autrefois rendu à la reine Anne d'Autriche un service qui ne le cédait pas de beaucoup à celui que nous voulons rendre aujourd'hui à Charles Ier, ce qui n'a point empêché la reine Anne d'Autriche de nous oublier pendant près de vingt ans.
— Eh bien, malgré cela, d'Artagnan, dit Athos, êtes-vous fâché de lui avoir rendu service?
— Non, ma foi, dit d'Artagnan, et j'avoue même que dans mes moments de plus mauvaise humeur, eh bien! j'ai trouvé une consolation dans ce souvenir.
— Vous voyez bien, d'Artagnan; que les princes sont ingrats souvent, mais que Dieu ne l'est jamais.
— Tenez, Athos, dit d'Artagnan, je crois que si vous rencontriez le diable sur la terre, vous feriez si bien, que vous le ramèneriez avec vous au ciel.