— Ce sont donc des hommes de condition, que vous y tenez tant?
Peste! l'un est un riche seigneur de la Touraine; l'autre est un chevalier de Malte de grande maison. Nous avons traité de leur rançon à chacun: deux mille livres sterling en arrivant en France. Nous ne voulons donc pas quitter un seul instant des hommes que nos laquais savent des millionnaires. Nous les avons bien un peu fouillés en les prenant et je vous avouerai même que c'est leur bourse que nous nous tiraillons chaque nuit, M. du Vallon et moi; mais ils peuvent nous avoir caché quelque pierre précieuse, quelque diamant de prix, de sorte que nous sommes comme les avares, qui ne quittent pas leur trésor; nous nous sommes constitués gardiens permanents de nos hommes, et quand je dors, M. du Vallon veille.
— Ah! ah! fit Groslow.
— Vous comprenez donc maintenant ce qui me force de refuser votre politesse, à laquelle au reste je suis d'autant plus sensible, que rien n'est plus ennuyeux que de jouer toujours avec la même personne; les chances se compensent éternellement, et au bout d'un mois on trouve qu'on ne s'est fait ni bien ni mal.
— Ah! dit Groslow avec un soupir, il y a quelque chose de plus ennuyeux encore, c'est de ne pas jouer du tout.
— Je comprends cela, dit d'Artagnan.
— Mais voyons, reprit l'Anglais, sont-ce des hommes dangereux que vos hommes?
— Sous quel rapport?
— Sont-ils capables de tenter un coup de main?
D'Artagnan éclata de rire.