À cinquante pas de la dernière maison, d'Artagnan s'arrêta.

— Halte! dit-il.

— Comment, halte? s'écria Porthos. Ventre à terre, vous voulez dire?

— Pas du tout, répondit d'Artagnan. Cette fois-ci on va nous poursuivre, laissons-les sortir du bourg et courir après nous sur la route Écosse; et quand nous les aurons vus passer au galop, suivons la route opposée.

À quelques pas de là passait un ruisseau, un pont était jeté sur le ruisseau; d'Artagnan conduisit son cheval sous l'arche de ce pont; ses amis le suivirent.

Ils n'y étaient pas depuis dix minutes qu'ils entendirent approcher le galop rapide d'une troupe de cavaliers. Cinq minutes après, cette troupe passait sur leur tête, bien loin de se douter que ceux qu'ils cherchaient n'étaient séparés d'eux que par l'épaisseur de la voûte du pont.

LXVII. Londres

Lorsque le bruit des chevaux se fut perdu dans le lointain, d'Artagnan regagna le bord de la rivière, et se mit à arpenter la plaine en s'orientant autant que possible sur Londres. Ses trois amis le suivirent en silence, jusqu'à ce qu'à l'aide d'un large demi-cercle ils eussent laissé la ville loin derrière eux.

— Pour cette fois, dit d'Artagnan lorsqu'il se crut enfin assez loin du point de départ pour passer du galop au trot, je crois bien que décidément tout est perdu, et que ce que nous avons de mieux à faire est de gagner la France. Que dites-vous de la proposition, Athos? ne la trouvez-vous point raisonnable?

— Oui, cher ami, répondit Athos; mais vous avez prononcé l'autre jour une parole plus que raisonnable, une parole noble et généreuse, vous avez dit: «Nous mourrons ici!» Je vous rappellerai votre parole.