— Porthos, dit d'Artagnan, assommez-moi ce misérable d'un seul coup de poing.
Porthos leva son bras terrible, le fit siffler en l'air comme la branche d'une fronde, et la masse pesante s'abattit avec un bruit sourd sur le crâne du lâche, qu'elle brisa.
L'homme tomba comme tombe un boeuf sous le marteau.
Ses compagnons voulurent crier, voulurent fuir, mais la voix manqua à leur bouche, et leurs jambes tremblantes se dérobèrent sous eux.
— Dites-leur encore ceci, Athos, continua d'Artagnan: «Ainsi mourront tous ceux qui oublient qu'un homme enchaîné est une tête sacrée, qu'un roi captif est deux fois le représentant du Seigneur.»
Athos répéta les paroles de d'Artagnan.
Les deux hommes, muets et les cheveux hérissés, regardèrent le corps de leur compagnon qui nageait dans des flots de sang noir; puis, retrouvant à la fois la voix et les forces, ils s'enfuirent avec un cri et en joignant les mains.
— Justice est faite! dit Porthos en s'essuyant le front.
— Et maintenant, dit d'Artagnan à Athos, ne doutez point de moi et tenez-vous tranquille, je me charge de tout ce qui regarde le roi.
LXIX. White-Hall