— Monsieur, répondit Bazin, les vrais amis du chrétien sont ceux qui l'aident à faire son salut, et non ceux qui l'en détournent.

— Je ne vous comprends pas, Bazin, dit d'Artagnan, et je ne vois pas en quoi je puis être une pierre d'achoppement à votre salut.

— Vous oubliez, monsieur, répondit Bazin, que vous avez failli détruire à jamais celui de mon pauvre maître, et qu'il n'a pas tenu à vous qu'il ne se damnât en restant mousquetaire, quand sa vocation l'entraînait si ardemment vers Église.

— Mon cher Bazin, reprit d'Artagnan, vous devez voir, par le lieu où vous me rencontrez, que je suis fort changé en toutes choses: l'âge amène la raison; et, comme je ne doute pas que votre maître ne soit en train de faire son salut, je viens m'informer de vous où il est, pour qu'il m'aide par ses conseils à faire le mien.

— Dites plutôt pour le ramener avec vous vers le monde. Heureusement, ajouta Bazin, que j'ignore où il est, car, comme nous sommes dans un saint lieu, je n'oserais pas mentir.

— Comment! s'écria d'Artagnan au comble du désappointement, vous ignorez où est Aramis?

— D'abord, dit Bazin, Aramis était son nom de perdition, dans Aramis on trouve Simara, qui est un nom de démon, et, par bonheur pour lui, il a quitté à tout jamais ce nom.

— Aussi, dit d'Artagnan décidé à être patient jusqu'au bout, n'est-ce point Aramis que je cherchais, mais l'abbé d'Herblay. Voyons, mon cher Bazin, dites-moi où il est.

— N'avez-vous pas entendu, monsieur d'Artagnan, que je vous ai répondu que je l'ignorais?

— Oui, sans doute; mais à ceci je vous réponds, moi, que c'est impossible.