— Comment cela? s'écria le roi, dont le visage s'illumina malgré lui d'un éclair de joie.

— Oh! monsieur, murmura Parry les mains jointes, soyez bénis, vous et les vôtres.

— Comment cela? répéta le roi; il faut que je le sache, afin que je vous seconde s'il en est besoin.

— Je n'en sais rien, sire, dit Aramis; mais le plus adroit, le plus brave, le plus dévoué de nous quatre m'a dit en me quittant: «Chevalier, dites au roi que demain à dix heures du soir nous l'enlevons.» Puisqu'il l'a dit, il le fera.

— Dites-moi le nom de ce généreux ami, dit le roi, pour que je lui en garde une reconnaissance éternelle, qu'il réussisse ou non.

— D'Artagnan, sire, le même qui a failli vous sauver quand le colonel Harrison est entré si mal à propos.

— Vous êtes en vérité des hommes merveilleux! dit le roi, et l'on m'eût raconté de pareilles choses que je ne les eusse pas crues.

— Maintenant, sire, reprit Aramis, écoutez-moi. N'oubliez pas un seul instant que nous veillons pour votre salut; le moindre geste, le moindre chant, le moindre signe de ceux qui s'approcheront de vous, épiez tout, écoutez tout, commentez tout.

— Oh! chevalier! s'écria le roi, que puis-je vous dire? aucune parole, vînt-elle du plus profond de mon coeur, n'exprimerait ma reconnaissance. Si vous réussissez, je ne vous dirai pas que vous sauvez un roi; non, vue de l'échafaud comme je la vois, la royauté, je vous le jure, est bien peu de chose; mais vous conserverez un mari à sa femme, un père à ses enfants. Chevalier, touchez ma main, c'est celle d'un ami qui vous aimera jusqu'au dernier soupir.

Aramis voulut baiser la main du roi, mais le roi saisit la sienne et l'appuya contre son coeur.