Ce dernier attendait sans doute quelque parole agressive pour entamer une de ces conversations railleuses ou terribles comme il les soutenait si bien. Aramis se disait tout bas: «Nous allons entendre des banalités.» Porthos mordait sa moustache en murmurant: «Voilà bien des façons, mordieu! pour écraser ce serpenteau!» Athos s'effaçait dans l'angle de la chambre, immobile et pâle comme un bas-relief de marbre, et sentant malgré son immobilité son front se mouiller de sueur.
Mordaunt ne disait rien; seulement lorsqu'il se fut bien assuré que son épée était toujours à sa disposition, il croisa imperturbablement les jambes et attendit.
Ce silence ne pouvait se prolonger plus longtemps sans devenir ridicule; d'Artagnan le comprit; et comme il avait invité Mordaunt à s'asseoir pour causer, il pensa que c'était à lui de commencer la conversation.
— Il me paraît, monsieur, dit-il avec sa mortelle politesse, que vous changez de costume presque aussi rapidement que je l'ai vu faire aux mimes italiens que M. le cardinal Mazarin fit venir de Bergame, et qu'il vous a sans doute mené voir pendant votre voyage en France.
Mordaunt ne répondit rien.
— Tout à l'heure, continua d'Artagnan, vous étiez déguisé, je veux dire habillé en assassin, et maintenant…
— Et maintenant, au contraire, j'ai tout l'air d'être dans l'habit d'un homme qu'on va assassiner, n'est-ce pas? répondit Mordaunt de sa voix calme et brève.
— Oh! monsieur, répondit d'Artagnan, comment pouvez-vous dire de ces choses-là, quand vous êtes en compagnie de gentilshommes et que vous avez une si bonne épée au côté!
— Il n'y a pas si bonne épée monsieur, qui vaille quatre épées et quatre poignards; sans compter les épées et les poignards de vos acolytes qui vous attendent à la porte.
— Pardon, monsieur, reprit d'Artagnan, vous faites erreur, ceux qui nous attendent à la porte ne sont point nos acolytes, mais nos laquais. Je tiens à rétablir les choses dans leur plus scrupuleuse vérité.