— Je commence à croire que nous allons nous amuser, dit d'Artagnan.

— Oui, murmura Aramis, mais en vous amusant, jouez serré.

— Sangdieu! mon ami, faites attention, dit Porthos.

Mordaunt sourit à son tour.

— Ah! monsieur, dit d'Artagnan, que vous avez un vilain sourire!
C'est le diable qui vous a appris à sourire ainsi, n'est-ce pas?

Mordaunt ne répondit qu'en essayant de lier l'épée de d'Artagnan avec une force que le Gascon ne s'attendait pas à trouver dans ce corps débile en apparence; mais, grâce à une parade non moins habile que celle que venait d'exécuter son adversaire, il rencontra à temps le fer de Mordaunt, qui glissa le long du sien sans rencontrer sa poitrine.

Mordaunt fit rapidement un pas en arrière.

— Ah! vous rompez, dit d'Artagnan, vous tournez? comme il vous plaira, j'y gagne même quelque chose: je ne vois plus votre méchant sourire. Me voilà tout à fait dans l'ombre; tant mieux. Vous n'avez pas idée comme vous avez le regard faux, monsieur, surtout lorsque vous avez peur. Regardez un peu mes yeux, et vous verrez une chose que votre miroir ne vous montrera jamais, c'est- à-dire un regard loyal et franc.

Mordaunt, à ce flux de paroles, qui n'était peut-être pas de très bon goût, mais qui était habituel à d'Artagnan, lequel avait pour principe de préoccuper son adversaire, ne répondit pas un seul mot; mais il rompait, et, tournant toujours, il parvint ainsi à changer de place avec d'Artagnan.

Il souriait de plus en plus. Ce sourire commença d'inquiéter le
Gascon.