Arrivé à la caserne, il se fit reconnaître, prit le meilleur cheval de l'écurie, sauta dessus et gagna la route. Un quart d'heure après, il était à Greenwich.
— Voilà le port, murmura-t-il; ce point sombre là-bas, c'est l'île des Chiens. Bon! j'ai une demi-heure d'avance sur eux… une heure, peut-être. Niais que j'étais! j'ai failli m'asphyxier par ma précipitation insensée. Maintenant, ajouta-t-il en se dressant sur ses étriers comme pour voir au loin parmi tous ces cordages, parmi tous ces mâts, l'Éclair, où est l'Éclair?
Au moment où il prononçait mentalement ces paroles, comme pour répondre à sa pensée un homme couché sur un rouleau de câbles se leva et fit quelques pas vers Mordaunt.
Mordaunt tira un mouchoir de sa poche et le fit flotter un instant en l'air. L'homme parut attentif, mais demeura à la même place sans faire un pas en avant ni en arrière.
Mordaunt fit un noeud à chacun des coins de son mouchoir; l'homme s'avança jusqu'à lui. C'était, on se le rappelle, le signal convenu. Le marin était enveloppé d'un large caban de laine qui cachait sa taille et lui voilait le visage.
— Monsieur, dit le marin, ne viendrait-il pas par hasard de
Londres pour faire une promenade sur mer?
— Tout exprès, répondit Mordaunt, du côté de l'île des Chiens.
— C'est cela. Et sans doute monsieur a une préférence quelconque? Il aimerait mieux un bâtiment qu'un autre? Il voudrait un bâtiment marcheur, un bâtiment rapide?…
— Comme l'éclair, répondit Mordaunt.
— Bien, alors, c'est mon bâtiment que monsieur cherche, je suis le patron qu'il lui faut.