—Tu as raison, maître, dit l'adolescent; et il toucha la plage du pied droit; son compagnon en fit autant.

—Étranger, dit, s'adressant au plus âgé des deux voyageurs, la jeune fille qui avait entendu ces paroles prononcées dans le dialecte ionien, la terre de la Grèce, de quelque pied qu'on la touche, est propice à quiconque l'aborde avec des intentions amies: c'est la terre des amours, de la poésie et des combats; elle a des couronnes pour les amants, pour les poètes et pour les guerriers. Qui que tu sois, étranger, accepte celle-ci en attendant celle que tu viens chercher, sans doute.

Le jeune homme prit vivement et mit sur sa tête la couronne que lui présentait la Corinthienne.

—Les dieux nous sont propices, s'écria-t-il. Regarde, Sporus, l'oranger, ce pommier des Hespérides, dont les fruits d'or ont donné la victoire à Hippomène, en ralentissant la course d'Atalante, et le laurier-rose, l'arbre cher à Apollon. Comment t'appelles-tu, prophétesse de bonheur?

—Je me nomme Acté, répondit en rougissant la jeune fille.

—Acté! s'écria le plus âgé des deux voyageurs. Entends-tu, Sporus? Nouveau présage: Acté, c'est-à-dire la rive. Ainsi la terre de Corinthe m'attendait pour me couronner.

—Qu'y-a-t-il là d'étonnant? n'es-tu pas prédestiné, Lucius, répondit l'enfant.

—Si je ne me trompe, demanda timidement la jeune fille, tu viens pour disputer un des prix offerts aux vainqueurs par le proconsul romain.

—Tu as reçu le talent de la divination en même temps que le don de la beauté, dit Lucius.

—Et sans doute tu as quelque parent dans la ville?