La mère bondit en jetant un cri, le père tomba à genoux: l'enfant était sauvé.

Et Paul ferma la porte sur eux en disant:

—Voilà une famille d'esclaves dont le bonheur ferait envie à une famille d'empereur.

La nuit suivante, ils continuèrent leur route, et ils arrivèrent à Fondi; ainsi, pendant tout ce voyage nocturne et mystérieux, Acté revoyait, les uns après les autres, les lieux qu'elle avait parcourus avec Néron lors de son triomphe; c'était à Fondi qu'ils avaient été si splendidement reçus par Galba, ce vieillard à qui les oracles promettaient la couronne; sa vue avait rappelé cette prédiction à l'empereur, qui l'avait oubliée, grâce à l'obscurité dans laquelle le futur César affectait de vivre, de sorte qu'à peine arrivé à Rome, son premier soin avait été de l'éloigner de l'Italie; en conséquence, Galba avait reçu le commandement de l'Espagne, et il était parti aussitôt, plus empressé peut-être encore de s'éloigner de l'empereur, que l'empereur n'était empressé lui-même à l'éloigner de l'empire.

Avant de partir, il avait affranchi ses esclaves les plus fidèles, et ce fut chez l'un de ces affranchis, converti à la foi chrétienne, que Silas prépara le gîte du vieillard et de la jeune fille. Cet esclave avait été jardinier du verger de Galba, et il avait reçu en don, le jour de son affranchissement, la petite maison qu'il habitait dans les jardins de son maître: des fenêtres de cette humble cabane, Acté voyait, à la clarté de la lune, la magnifique villa où elle avait logé avec Lucius. L'un de ces deux voyages était pour elle un rêve; que de choses étranges elle avait apprises! que d'illusions elle avait touchées du doigt, et qui s'étaient envolées! que de douleurs, qu'elle croyait alors ne pouvoir pas même exister, et qui s'étaient réalisées depuis cette époque! Comme tout avait changé pour elle; comme ces jardins fleuris où elle croyait marcher encore s'étaient séchés et flétris; comme dans sa vie aride et solitaire son amour seul était resté vivant, toujours nouveau, toujours le même, toujours debout et inébranlable comme une pyramide au milieu du désert!

Trois jours, ou plutôt trois nuits encore, ils continuèrent leur route; se cachant lorsque la lumière paraissait, et reprenant leur voyage dès que l'ombre descendait du ciel, toujours précédés par Silas, et s'arrêtant toujours chez de nouveaux adeptes, car déjà la foi commençait à compter, surtout parmi les esclaves et le peuple, un grand nombre de néophytes: enfin le troisième soir ils partirent de Velletri, cette ancienne capitale des Volsques qui avait donné la mort à Coriolan et le jour à Auguste; et, comme la lune s'élevait sur l'horizon, ils arrivèrent au sommet de la montagne d'Albano. Cette fois Silas ne les avait pas quittés; seulement il marchait devant eux à la distance de trois à quatre cents pas. Mais, parvenu au tombeau d'Ascagne, il s'arrêta, attendant qu'ils le rejoignissent, et, étendant la main vers l'horizon, où brillaient une multitude de lumières, et d'où venait un grand murmure, il ne dit que ce mot qui annonçait au vieillard et à la jeune fille qu'ils touchaient au terme de leur voyage:

—Rome!...

Paul se jeta à genoux, remerciant le Seigneur de l'avoir conduit, après tant de dangers, au terme de son voyage et au but qui lui était promis. Quant à Acté, elle s'appuya contre le sépulcre pour ne pas tomber, tant il y avait de souvenirs doux et cruels dans le nom de cette ville, à cette place d'où elle l'avait aperçue pour la première fois.

—O mon père! dit la jeune fille, je t'ai suivi sans te demander où nous allions; mais si j'avais su que ce fût à Rome... oh! je crois que je n'en aurais pas eu le courage.

—Ce n'est point à Rome que nous allons, répondit le vieillard en se relevant: puis aussitôt, comme un groupe de cavaliers s'approchait, suivant la voie Appienne, Silas quitta la route et prit à droite au travers de la plaine: Paul et Acté le suivirent.