—Non, je ne l'aime plus, mon père, car il est impossible que je l'aime encore: seulement, comme je te l'ai dit, je suis folle; oh! qui me tirera de ma folie! Il n'y a pas d'homme sur la terre, il n'y a pas de Dieu au ciel assez puissant pour cela.
—Rappelle-toi l'enfant de l'esclave: celui qui guérit le corps peut guérir l'âme.
—Oui, mais l'enfant de l'esclave avait l'innocence à défaut de la foi; moi, je n'ai pas encore la foi, et je n'ai plus l'innocence.
—Et pourtant, répondit l'apôtre, tout n'est pas perdu, s'il te reste le repentir?
—Hélas! hélas! murmura Acté avec l'accent du doute.
—Eh bien! approche ici, dit Paul en s'asseyant dans un angle du cachot; viens, je veux te parler de ton père.
Acté tomba à genoux, la tête sur l'épaule du vieillard, et toute la nuit l'apôtre l'exhorta. Acté ne lui répondit que par des sanglots; mais le matin elle était prête à recevoir le baptême.
Presque tous les captifs enfermés avec Paul et Silas étaient des chrétiens des Catacombes; depuis deux ans qu'Acté habitait parmi eux, ils avaient eu le temps d'apprécier les vertus de celle dont ils ignoraient les fautes; or, des prières avaient été adressées toute la nuit à Dieu pour qu'il laissât tomber un rayon de foi sur la pauvre païenne: ce fut donc une déclaration solennelle que celle de l'apôtre, lorsqu'il annonça à haute voix que le Seigneur allait compter une servante de plus.
Paul n'avait point laissé ignorer à Acté l'étendue des sacrifices qu'allait lui imposer son nouveau titre: le premier était celui de son amour, et le second peut-être celui de sa vie; tous les jours on venait chercher au hasard dans cette prison quelque victime pour les expiations ou les fêtes; beaucoup alors se présentaient ayant hâte du martyre, et l'on prenait aveuglément et sans choix: tout corps qui pouvait souffrir et assurer de sa souffrance étant bon à mettre en croix ou à jeter à l'amphithéâtre; une abjuration en pareille circonstance n'était donc pas seulement une cérémonie religieuse: c'était un dévouement mortel.
Acté pensait donc que le danger lui-même rachèterait son peu de science dans la foi nouvelle: elle avait vu assez des deux religions pour maudire l'une et bénir l'autre; tous les exemples criminels lui étaient venus des gentils, tous les spectacles de vertu lui avaient été donnés par des chrétiens; puis, encore plus que tout cela, la certitude qu'elle ne pouvait vivre avec Néron lui faisait-elle désirer de mourir avec Paul.