C'étaient, comme l'avait décidé César, un mirmillon et un rétiaire. Le premier qu'on appelait aussi sécutor, parce qu'il lui arrivait plus souvent de poursuivre l'autre que d'en être poursuivi, était vêtu d'une tunique vert-clair à bandes transversales d'argent, serrée autour du corps par une ceinture de cuivre ciselée, dans laquelle brillaient des incrustations de corail: sa jambe droite était défendue par une bottine de bronze, un casque à visière pareil à celui des chevaliers du XIVe siècle, surmonté d'un cimier représentant une tête d'urus aux longues cornes, lui cachait tout le visage; il portait au bras gauche un grand bouclier rond, et à la main droite un javelot et une massue plombée: c'était l'armure et le costume des Gaulois.
Le rétiaire tenait de la main droite le filet auquel il devait son nom, et qui était à peu près pareil à celui que, de nos jours, les pêcheurs désignent sous celui d'épervier, et de la gauche, défendue par un petit bouclier nommé parme, un long trident au manche d'érable et à la triple pointe d'acier: sa tunique était de drap bleu, ses cothurnes de cuir bleu, sa bottine de bronze doré; son visage, au contraire de celui de son ennemi, était découvert, et sa tête n'avait d'autre protection qu'un long bonnet de laine bleue, auquel pendait un réseau d'or.
Les deux adversaires s'approchèrent l'un de l'autre, non pas en ligne droite, mais circulairement: le rétiaire tenant son filet préparé, le mirmillon balançant son javelot. Lorsque le rétiaire se crut à portée, il fit un bond rapide en avant, en même temps qu'il lança son filet en le développant; mais aucun de ses mouvements n'avait échappé au mirmillon, qui fit un bond pareil en arrière; le filet tomba à ses pieds. Au même moment, et avant que le rétiaire eût eu le temps de se couvrir de son bouclier, le javelot partit de la main du mirmillon; mais son ennemi vit venir l'arme, et se baissa, pas si rapidement cependant que le trait qui devait l'atteindre à la poitrine n'emportât son élégante coiffure.
Alors le rétiaire, quoique armé de son trident, se mit à fuir, traînant après lui son filet, car il ne pouvait se servir de son arme que pour tuer son ennemi prisonnier dans les mailles: le mirmillon s'élança aussitôt à sa poursuite, mais sa course, retardée par sa lourde massue et par la difficulté de voir à travers les petits trous qui formaient la visière de son casque, donna le temps au rétiaire de préparer de nouveau son filet et de se retrouver en garde: aussitôt la chose faite, il se remit en position, et le mirmillon en défense.
Pendant sa course, le sécutor avait ramassé son javelot, et pendu comme un trophée à sa ceinture le bonnet de son adversaire: chaque combattant se retrouva donc avec ses armes; cette fois ce fut le mirmillon qui commença: son javelot, lancé une seconde fois de toute la force de son bras, alla frapper en plein dans le bouclier du rétiaire, traversa la plaque de bronze qui le recouvrait, puis les sept lanières de cuir repliées les unes sur les autres, et alla effleurer sa poitrine: le peuple le crut blessé à mort, et de tous côtés s'élança le cri: «Il en tient! il en tient!»
Mais aussitôt, le rétiaire écartant de sa poitrine son bouclier, où était resté pendu le javelot, montra qu'il était à peine blessé; alors l'air retentit de cris de joie, car ce que craignaient avant tout les spectateurs, c'étaient les combats trop courts; aussi regardait-on avec mépris, quoique la chose ne fût pas défendue, les gladiateurs qui frappaient à la tête.
Le mirmillon se mit à fuir, car sa massue, arme terrible lorsqu'il poursuivait le rétiaire désarmé de son filet, lui devenait à peu près inutile du moment où celui-ci le portait sur son épaule; car, en s'approchant assez près de son adversaire pour le frapper, il lui donnait toute facilité de l'envelopper de ses mailles mortelles. Alors commença le spectacle d'une fuite dans toutes les règles, car la fuite était aussi un art; mais, dans l'une comme dans l'autre course, le mirmillon se trouvait empêché par son casque; bientôt le rétiaire se trouva si près de lui, que des cris partirent pour avertir le Gaulois; celui-ci vit qu'il était perdu s'il ne se débarrassait promptement de son casque qui lui était devenu inutile; il ouvrit, en courant toujours, l'agrafe de fer qui le maintenait fermé, et l'arrachant de sa tête, il le jeta loin de lui. Alors on reconnut avec étonnement dans le mirmillon un jeune homme d'une des plus nobles familles de Rome, nommé Festus, qui avait pris ce casque à visière bien plus pour se déguiser que pour se défendre; cette découverte redoubla l'intérêt que les spectateurs prenaient au combat.
Dès lors ce fut le jeune patricien qui gagna du terrain sur l'autre, qui, à son tour, se trouvait embarrassé de son bouclier percé du javelot, qu'il n'avait pas voulu arracher de peur de rendre une arme à son ennemi; excité par les cris des spectateurs et par la fuite continue de son adversaire, il jeta loin de lui le bouclier et le trait, et se retrouva libre de ses mouvements; mais alors, soit que le mirmillon vit dans cette action une imprudence qui égalisait de nouveau le combat, soit qu'il fût las de fuir, il s'arrêta tout à coup, faisant tourner sa massue autour de sa tête; le rétiaire, de son côté, prépara son arme; mais, avant qu'il fût à portée de son ennemi, la massue, lancée en sifflant comme la poutre d'une catapulte, alla frapper le rétiaire au milieu de la poitrine; celui-ci chancela un instant, puis tomba, abattu et couvert lui-même des mailles de son propre filet. Festus alors s'élança sur le bouclier, en arracha le javelot, et d'un seul bond se retrouvant près de son ennemi, lui posa le fer de son arme sur la gorge, et interrogea le peuple pour savoir s'il devait le tuer ou lui faire grâce. Toutes les mains alors s'élevèrent, les unes rapprochées, les autres isolées, en renversant le pouce; mais comme il était impossible au milieu de cette foule de distinguer la majorité, le cri: Aux vestales! aux vestales! se fit entendre: c'était l'appel en cas de doute. Festus se retourna donc vers le podium; les douze vestales se levèrent: huit avaient le pouce renversé: la majorité était pour la mort; en conséquence, le rétiaire prit lui-même la pointe du fer, l'appuya sur sa gorge, cria une dernière fois: César est Dieu! et sentit, sans pousser une plainte, le javelot de Festus lui ouvrir l'artère du cou et pénétrer jusqu'à sa poitrine.
Le peuple alors battit des mains au vainqueur et au vaincu, car l'un avait tué avec adresse et l'autre était mort avec grâce. Festus fit le tour de l'amphithéâtre pour recevoir les applaudissements, et sortit par une porte tandis que l'on emportait par l'autre le corps de son ennemi.
Aussitôt un esclave entra avec un râteau, retourna le sable pour effacer la trace du sang, et deux nouveaux combattants parurent dans la lice: c'étaient deux dimachères.