Il y avait sur la figure pâle de l'eunuque, habituée à exprimer l'abattement ou la tristesse, une expression si étrange de joie cruelle, que Néron le regarda un instant, ne reconnaissant plus l'esclave docile de tous ses caprices dans le jeune homme qui s'approchait de lui. Arrivé à deux pas du lit, il tendit les bras et lui présenta le parchemin. Néron, quoiqu'il ne comprit rien au sourire de Sporus, se douta qu'il contenait quelque fatale nouvelle.

—De qui est cette lettre? dit-il sans faire aucun mouvement pour la prendre.

—De Phaon, répondit le jeune homme.

—Et qu'annonce-t-elle? continua Néron en pâlissant.

—Que le sénat t'a déclaré ennemi de l'État, et qu'on te cherche pour te conduire au supplice.

—Au supplice! s'écria Néron en se soutenant sur un genou, au supplice! moi! moi, Claudius César!...

—Tu n'es plus Claudius César, répondit froidement l'eunuque; tu es Domitius Oenobarbus, voilà tout, déclaré traître à la patrie et condamné à mort!

—Et quel est le supplice des traîtres à la patrie? dit Néron.

—On les dépouille de leurs vêtements, on leur serre le cou entre les branches d'une fourche, on les promène aux forums, aux marchés et au Champ-de-Mars, puis on les frappe de verges jusqu'à ce qu'ils meurent.

—Oh! s'écria Néron en se dressant tout debout, je puis fuir encore, j'ai encore le temps de fuir, de gagner la forêt de Larice et les marais de Minturnes; quelque vaisseau me recueillera, et je me cacherai en Sicile ou en Égypte.