—Monsieur, me dit-il, savez-vous le nom de l'officier qui vous a prêté sa chambre?
—Non, lui répondis-je, et, si vous le savez, vous me feriez grand plaisir de me l'apprendre.
—Eh bien, il se nomme M. Collard.
—Collard! m'écriai-je; et pourquoi ne m'avez-vous pas dit ce nom-là plus tôt?
—Il m'avait fait promettre de ne vous le dire que lorsque nous serions à une lieue de Smendou.
—Collard! répétais-je comme un homme à qui l'on ôte un bandeau de devant les yeux.—Ah! oui, Collard.
Ce nom m'expliquait tout.
Cette femme qui regardait le ciel à travers les barreaux de sa prison, cette femme, dont ma mémoire avait gardé une image indécise, c'était Marie Capelle, c'était madame Lafarge.
Je ne connaissais qu'un Collard, Maurice Collard, avec qui j'avais, aux jours de notre jeunesse, couru tant de fois, insoucieux, dans les allées ombreuses du parc de Villers-Hellon. Pour moi, cet homme retiré du monde, réfugié dans un désert, payeur d'un régiment, ne pouvait être que celui que j'avais connu, c'est-à-dire l'oncle de Marie Capelle.
De là le portrait de la prisonnière sur la cheminée. La parenté expliquait tout.