Ses muscles se détendirent et ses mains se détachèrent de la plante, sans force et sans chaleur.

—Insensée! tu ne saurais lutter contre moi, dit la Mort.

—Non; mais le bon Dieu le peut, répondit la mère.

—Je ne fais que ce qu'il me commande, répliqua la Mort. Je suis son jardinier, je prends les arbres et les fleurs qu'il a plantés sur la terre et les replante dans le grand jardin du paradis.

—Rends-moi donc mon enfant, dit la mère en pleurant et en suppliant; ou arrache mon arbre en même temps que le sien.

—Impossible, dit la Mort: tu as encore plus de trente années à vivre.

—Plus de trente années! s'écria la mère désespérée; et que veux-tu, ô Mort, que je fasse de ces trente ans? Donne-les à quelque mère plus heureuse, comme j'ai donné mon sang au buisson, mes yeux au lac, mes cheveux à la vieille.

—Non, dit la Mort, c'est l'ordre de Dieu et je n'y puis rien changer.

—Eh bien, dit la mère, à nous deux alors.—Mort, si tu touches à la plante de mon enfant, j'arrache toutes ces fleurs.

Et elle saisit à pleines mains deux jeunes fuchsias.