À propos, laissez-moi vous dire un seul petit mot du domestique de
Delaporte.
C'est un magnifique enfant du Darfour, noir comme un charbon et qui a déjà l'air d'un homme, quoiqu'il n'ait, selon toute probabilité, que onze ou douze ans. Je dis selon toute probabilité, parce qu'il n'y a pas d'exemple qu'un nègre sache son âge. Celui-là… Pardon, j'oubliais de vous dire son nom. Il se nomme Abailard. En outre,—chose assez commune, au reste, d'un nègre à l'égard de son maître,—il appelle Delaporte papa.
Vous allez voir pourquoi il se nomme Abailard et appelle Delaporte papa.
Abailard, qui, en ce temps-là, n'avait pas encore de nom, ou qui en avait un dont il ne se souvient plus, fut fait prisonnier, avec sa mère, par une tribu en guerre avec la sienne.
Sa mère avait quatorze ans, et lui en avait deux.
On les sépara et on les vendit.
La mère fut vendue à un Turc, l'enfant à un négociant chrétien.
Nul ne sait ce que devint la mère.
Quant à l'enfant, son maître habitait Kenneh; il vint à Kenneh avec son maître.
Nous avons dit que son maître était négociant; mais nous avons oublié de spécifier l'objet de son commerce.