Le préfet dès Bouches-du-Rhône, ignorant que l'on jouât Antony à
Paris, refusait de le laisser jouer à Marseille.
J'avais beaucoup entendu parler du talent de Jenneval, qui a une grande réputation en province. Je venais d'écrire les derniers mots d'un drame tiré d'un roman anglais, Jane Eyre; j'eus l'idée, au lieu d'envoyer Antony à Clarisse et à Jenneval, de leur offrir Jane Eyre.
Peut-être la pièce ne valait-elle pas Antony, qui, du temps de l'école idéaliste, passait pour une assez bonne pièce; mais, en tout cas, c'était moins connu. Jenneval et Clarisse acceptèrent. Ils allèrent trouver MM. Tronchet et Lafeuillade, les directeurs des deux théâtres, et leur firent part de ma proposition.
Poste pour poste, je reçus de ces messieurs prière de leur envoyer mes conditions.
J'étais fatigué, j'avais un énorme besoin de cette grande amie à moi que l'on nomme la solitude, je résolus de porter mes conditions moi-même.
Je sautai en wagon; vingt-deux heures après, j'étais à Marseille.
Avec des ambassadeurs comme Jenneval et Clarisse, qui tenaient les recettes du théâtre de Marseille entre leurs mains, les conditions ne furent pas longues à débattre.
Le jour de la lecture aux acteurs fut fixé.
À mon grand étonnement, je trouvai chez M. Tronchet, l'un des deux directeurs, non-seulement les artistes qui devaient jouer dans l'ouvrage, mais encore une partie de la presse et une fraction du conseil municipal.
Vous jugez si cette solennité m'effraya, moi, l'homme le moins solennel du monde.