—Il paraît que oui. Cette femme a ouvert la fenêtre et a annoncé sa mort au peuple.
—C'est un grand événement que cette mort, dit Danton, et qui va nous replonger dans le sang.
—Mais il me semble qu'au contraire Marat ne demandait que cela.
—Non, il commençait à se lasser. D'autres vont venir qui prendront sa coupe vide et qu'il faudra abreuver à leur tour. Cette mort de Marat, voyez-vous, mon enfant, c'est notre mort à nous.
—Votre mort! m'écriai-je.
—La mienne surtout. Cet homme était entre moi et Robespierre. Robespierre frappait sur lui quand il n'osait frapper sur moi. J'en faisais autant de mon côté. Maintenant, plus de Marat, nous allons nous trouver en face, moi et l'incorruptible; plus personne pour recevoir les coups. Il faudra que l'un de nous deux tombe, et, quel que soit celui de nous deux qui tombera, la République est finie. Vous reverrez Jacques Mérey plus tôt que je ne croyais, mon enfant! En attendant, voulez-vous voir Marat?
—Grand Dieu! que me proposez-vous là?
—Vous avez tort, c'est un spectacle curieux que vous ne reverrez jamais. On dit qu'il a été assassiné par une jeune fille de votre âge, aussi belle que vous.
—Une jeune fille! m'écriai-je, impossible!
—Ne croyez-vous donc plus aux Judiths et aux Jahels.