Et cependant à la porte je fis un mouvement pour échapper à mon conducteur.

—Bon, dit Danton en riant, quand ce ne serait que pour vous assurer qu'il y a,—je me trompe,—qu'il y a eu au monde des hommes encore plus laids que moi!

Je me laissai entraîner. Je savais que ce que j'allais voir serait hideux; mais l'horrible a son vertige, l'horrible m'attirait.

Je montai dix-sept degrés, de ces escaliers moitié bois moitié brique, avec une grosse rampe carrée; puis nous nous trouvâmes sur le palier.

Deux soldats gardaient la porte de l'appartement. Nous traversâmes une première chambre, où avaient pénétré quelques curieux, chambre donnant par un dégagement sur des pièces obscures donnant sur la cour, et où l'on composait et pliait le journal.

—Tout droit, tout droit, me dit Danton, ça c'est le domaine du prote et des ouvriers.

De la première chambre nous passâmes dans un petit salon, non-seulement fort propre, mais fort coquet, qu'on était tout étonné de trouver chez Marat; il est vrai que ce salon n'était pas chez Marat, Marat n'avait point de chez lui; ce salon était à la pauvre créature qui lui donnait un asile. Cet homme de sang et de ténèbres, ce sombre oiseau de l'émeute qui ne faisait que glapir la mort sur tous les tons, tant Dieu est bon, tant la nature est immense, cet homme avait trouvé une femme qui l'aimait.

C'était elle qui avait ouvert la fenêtre pour crier malédiction sur son assassin.

Ce n'était point encore dans le salon qu'était Marat.

Dans le salon étaient les familiers de la maison, les protes, les compositeurs, les plieuses, les ouvriers qui vivaient de cet autre ouvrier plus pauvre qu'eux.