À la tête de la baignoire était une belle jeune fille de vingt-quatre à vingt-cinq ans, avec des cheveux superbes contenus par un ruban vert, coiffée du bonnet bien connu des femmes du Calvados: malgré une chaleur intense, malgré la lutte qu'elle venait de soutenir, sa poitrine était couverte d'un épais fichu de soie solidement renoué derrière la taille, sa robe était blanche, mais tachée d'un jet de sang. Deux soldats lui tenaient les mains, lui disant à demi-voix des injures et des menaces, qu'elle écoutait calme, les joues roses; plutôt avec le sourire de la femme contente d'elle qu'avec le calme mélancolique de la martyre.
Cette femme c'était l'assassin, c'était Charlotte Corday.
C'était à ses pieds, dans la baignoire, qu'était le spectacle hideux.
Marat dans sa baignoire, dont l'eau était devenue couleur de sang, Marat, recouvert à moitié d'un drap sale, la tête renversée en arrière, la bouche encore plus tordue que de coutume, le bras pendant hors de la baignoire, les cheveux coiffés d'une serviette grasse, Marat, avec sa peau jaune, ses membres grêles, semblait un de ces monstres sans nom que les bateleurs exposent dans les foires!
—Eh bien? me dit tout bas Danton.
—Silence! répondis-je. Écoutez.
Le greffier disait à l'accusée:
—Vous vous reconnaissez donc coupable de la mort de Jean-Paul Marat?
—Oui, monsieur, répondit la jeune fille d'une voix ferme, vibrante, presque enfantine.
—Qui vous inspira la haine que vous avez manifestée contre lui d'une si terrible façon?