—De ceux d'ici? demanda le meunier.
—Non, répondit Jacques en souriant et en montrant le camp de Dumouriez, de ceux de là.
On se remit en route, et par un autre sentier on alla, en longeant un petit cours d'eau, rejoindre la descente de Sainte-Menehould, là où le 23 juin 1791 M. de Dampierre avait été tué.
Chose bizarre et cependant commune dans les guerres civiles, l'oncle mourait à la descente de Sainte-Menehould en criant Vive le roi! le neveu mourait dans le bois de Vicoigne en criant vive la République!
On entra à Sainte-Menehould à la nuit. Les volontaires reçurent à la municipalité des billets de logement. Jacques Mérey préféra coucher à l'auberge.
Avant de se séparer de ses compagnons, Jacques Mérey leur proposa de faire le lendemain grande étape, une étape de neuf lieues, afin d'aller coucher à Verdun.
On déjeunerait à Clermont.
Et comme quelques-uns des volontaires auraient peur à faire cette étape de neuf lieues, Jacques Mérey se procurerait une charrette à deux chevaux bien rembourrée de paille dans laquelle on mettrait le déjeuner d'abord, puis les fusils, puis les sacs, puis les boiteux.
Moyennant toutes ces précautions, on arriverait à Verdun vers huit heures du soir.
Le faux sergent craignait d'être reconnu à Verdun; il désirait y arriver de nuit et en repartir avant le jour.