À tout moment des incendies éclataient dans les ports; on les attribuait aux Anglais; Pitt vient d'être déclaré par la Convention l'ennemi du genre humain; les clubs ne parlent que de tuer. On va tuer la reine à la première occasion; on va tuer les girondins au premier caprice; on veut tuer la royauté jusque dans le passé; on vient d'ordonner la destruction des tombeaux de Saint-Denis.

Danton s'est épuisé à leur crier: Créez un gouvernement! Et, en effet, personne ne gouverne et tout le monde tue.

Danton est sombre et inquiet; il sent qu'il n'a plus les mêmes moyens d'action sur le peuple qu'il avait en 92, l'enthousiasme a disparu; il est vrai que le dévouement continue.

—Mais des hommes ne suffisent plus, dit Danton; il faut des soldats.

Nos fédérés de 93 n'ont rien à ce qu'il paraît des volontaires de 92; ils sont soucieux, mis humblement, ils donnent leurs bras, ils donnent leur vies, mais froidement, tristement, comme des hommes qui accomplissent un devoir.

Puis ce n'est plus cette entraînante Marseillaise qui les pousse en avant: c'est le Chant du départ qui les guide. La musique de Méhul est véritablement splendide; il y a dans ce chant des coups de trompette qui doivent percer l'Europe à jour.

On dit que la Convention a dépensé un million deux cent mille francs à la fête qu'elle vient de nous donner.

On a ouvert deux musées. Danton nous y a conduites, sa femme et moi.

L'un est celui du Louvre; le monde artiste tout entier a contribué à sa composition; l'école flamande et italienne surtout y sont richement représentées.

M. Danton, qui de son côté est un excellent juge, a bien voulu s'étonner de mes connaissances en peinture.