De la place de la Révolution on se rendit au Champ de Mars; la statue d'Hercule écrasant le Fédéralisme était placée sur un rocher élevé devant lequel on avait ménagé une plate-forme. Au pied de la montagne était placé le niveau de l'égalité.

Tout le monde passa dessous.

Arrivés sur la plate-forme, les quatre-vingt-six vieillards remirent chacun à son tour, au président, la pique qu'ils tenaient à la main.

Le président les relia toutes avec un ruban tricolore, proclamant ainsi l'alliance des départements avec la capitale. Ils étaient debout, et à la vue de tous, et en face de l'autel fumant d'encens.

Hérault de Séchelles lut l'acceptation de la loi nouvelle, proclamant l'égalité.

À ses dernières paroles le canon éclata.

Mon ami, je ne suis qu'une femme, mais je vous jure qu'en ce moment j'éprouvai un si profond sentiment d'enthousiasme, que mes larmes coulèrent malgré moi. Ah! si vous eussiez été là! Oh! si j'eusse été appuyée à votre bras au lieu d'être appuyée à celui d'un étranger! Ah! comme je me serais jetée dans votre poitrine, et comme j'y eusse pleuré tout à mon aise!

La République française, fondée sur la base de l'égalité! Le char portant la cendre des victimes du 10 août s'avança jusqu'au temple qui était élevé à l'extrémité du Champ de Mars; là, on prit l'urne, on la déposa sur l'autel, et tous s'agenouillant, le président baisa l'urne et on l'entendit dire à haute voix ces paroles:

—Cendres chéries! urne sacrée, je vous embrasse au nom du peuple!

Un homme s'approcha de Camille Desmoulins et lui demanda: