Le décret de la Convention fut apporté au tribunal révolutionnaire à huit heures du soir.

Grâce à ce décret, le jury se trouva éclairé tout à coup et déclara qu'il était inutile de continuer les débats. Les jurés ne firent qu'entrer et sortir dans la salle des délibérations. Le président, sur son âme et conscience, annonça que les vingt-deux girondins étaient condamnés à mort.

Je sentis frissonner le bras de Camille.

—Oh! malheureux que je suis, murmura-t-il tout bas, c'est mon livre qui les tue!

Il paraît que Camille avait écrit un livre contre les girondins.

Cette condamnation était si inattendue que les spectateurs n'y voulaient pas croire. Les condamnés poussèrent un cri de malédiction contre leurs juges. Les gendarmes étaient paralysés; chaque accusé eût pu tirer du fourreau le sabre du gendarme placé près de lui, et poignarder les juges sans que personne s'y opposât.

En ce moment Valazé sembla s'évanouir et glissa sur le parquet.

—Tu pâlis, Valazé? lui dit Brissot.

—Non, je meurs, répondit celui-ci.

Il venait de s'enfoncer la pointe d'un compas dans le cœur.