Au moment où les cinq charrettes sortirent de la sombre arcade de la Conciergerie, ils entonnèrent tout d'une voix, et comme une marche funèbre, la première strophe de la Marseillaise:
Allons, enfants de la patrie!
Ce chant choisi par eux n'avait-il pas à la fois la double signification du patriotisme et du dévouement? Ne signifiait-il pas que partout où vous pousse la voix de la patrie, même à la mort, il fallait y aller en chantant.
Au pied de l'échafaud, la première charrette versa les quatre victimes. Ils s'embrassèrent en signe de communion dans la liberté, dans la vie, dans la mort.
Puis ils montèrent un à un, celui qui montait continuant de chanter comme les autres.
La pesante masse de fer étouffa seule sa voix.
Tous moururent en héros. Seulement le chœur allait diminuant au fur et à mesure que tombait la hache; les rangs s'éclaircissaient, la Marseillaise continuait toujours.
Enfin une seule voix resta pour glorifier l'hymne patriotique.
C'était celle de Vergniaud, qui, nous l'avons dit, devait mourir le dernier.
Ses paroles suprêmes furent: