—Mais enfin, dit madame Danton, que s'est-il passé? Donne-nous des détails.
—Pourquoi faire? Est-ce que je sais moi-même ce qui s'est dit; est-ce que l'on peut tirer quelque chose de clair de cette parole terne et visqueuse de Robespierre? Des récriminations des deux côtés; il m'a reproché septembre, comme s'il ne savait pas que c'est Marat qui a fait septembre. Moi je lui ai reproché Lyon et Nantes. Bref, nous nous sommes quittés au plus mal.
Le lendemain, le bruit s'était déjà répandu de ce qui s'était passé.
Robespierre avait dit à Panis:
—Tu le vois, il n'y a pas moyen de ramener cet homme au gouvernement; dedans il corrompt, dehors il menace. Nous ne sommes pas assez forts pour mépriser Danton, nous sommes trop courageux pour le craindre; nous voulions la paix, il veut la guerre: il l'aura.
Les amis de Danton accoururent à Sèvres, le suppliant de conjurer l'orage qui se préparait, tous le poussaient à la résistance:
—La Montagne est à toi, lui disait le boucher Legendre.
—Les troupes sont à toi, disait l'Alsacien Westermann.
—Le sentiment public est à nous, disait Camille Desmoulins, qui à travers les numéros du Vieux cordelier, sentait palpiter le cœur de la France.
Mais Danton ne répondit que par un sourire d'indifférence et d'orgueil en disant: