Mais allez la chercher, perdue qu'elle est dans les dogmes de l'Église, avec le prêtre—roi de Rome—qui, au lieu, comme le divin fondateur, de rendre à César ce qui appartient à César, fait commerce de trônes, lui dont le royaume n'est pas de ce monde!

Seigneur! Seigneur! au moment où je vais paraître devant vous, je ferais peut-être mieux de prier, de m'humilier, de croire, de soumettre mon intelligence à la foi, c'est-à-dire de ne pas croire à ce que je vois et de croire à ce que je ne vois pas. Mais si vous m'avez donné cette intelligence, c'est pour que je m'en serve. Vous l'avez dit: La lumière n'est pas faite pour être mise sous le boisseau. Le soleil est fait pour éclairer la terre.

Non, Seigneur, non, âme du monde, non, créateur de l'infini, non, maître de l'éternité, non je ne croirai jamais que ta suprême jouissance soit d'être adoré par ce troupeau vulgaire qui le reçoit tout fait des mains de ses prêtres et qui t'enferme dans le dogme étroit de la croyance irraisonnée, quand l'univers tout entier n'est pas assez large pour te contenir!

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C'est aujourd'hui que se célèbre la messe rouge au grand autel de la révolution.

Hier, madame de Condorcet est venue pour me voir; elle avait quelque chose à m'apprendre.

J'étais allée dire adieu à mes tombes du cimetière Monceaux.

J'irai aujourd'hui vers deux heures chez madame de Condorcet; elle demeure rue Saint-Honoré, 352. Je serai à merveille pour voir passer le cortége.

Maintenant, mon ami, je ne sais pas moi-même ce qui va se passer, je ne sais pas si ce manuscrit te sera jamais remis, car j'ignore ce que tu es devenu, j'ignore si tu vis, j'ignore si tu es mort.

Madame de Condorcet est la seule personne que je connaisse au monde; si tu n'est qu'exilé et que tu rentres en France, elle est plus à même que personne de savoir ton retour: c'est donc entre ses mains que je dépose mon manuscrit.