Hélas! la science moderne admet encore que le corps fasse des roses, mais elle n'admet plus que l'âme fasse un ange.

Cet ange une fois fait, où le loger?

Tant que l'ignorance astronomique a cru à l'existence d'un ciel, on le loge au ciel; mais la science moderne a fait tout ensemble disparaître l'empyrée des Grecs, le firmament des Hébreux, le ciel des chrétiens.

Quand la terre était le centre du monde; quand, selon Thalès, elle était portée sur les eaux comme un grand navire; quand, selon Pindare, elle était soutenue par des colonnes de diamant; quand, selon Moïse, c'était le soleil qui tournait autour d'elle; quand, selon Aristote, nous avions huit cieux au-dessus de nous, le ciel de la Lune, celui de Mercure, celui de Vénus, celui du Soleil, celui de Mars, celui de Jupiter, celui de Saturne, et enfin le firmament, voûte solide où étaient enchâssées les étoiles, on pouvait, quoique ce fût le ciel païen, placer là Dieu, les anges, les séraphins, les dominations, les saints, les saintes, comme on place un conquérant dans le royaume qu'il a conquis. Maintenant que la terre est après la lune la plus petite planète, que c'est la terre qui marche et le soleil qui est fixe, que les huit ciels ou les huit cieux, comme on voudra, ont disparu pour faire place à l'infini, dans quelle portion de l'infini placerons-nous vos anges, Seigneur?

Ô mon ami, pourquoi m'as-tu appris toutes ces choses, arbre de la vie, arbre de la science, arbre du doute?

*
* *

Ferney et sa femme m'ont dit que, à moins que les agents n'aient été me dénoncer directement au tribunal révolutionnaire, il était possible que l'on m'oubliât ici sans me faire mon procès.

Ce serait jouer de malheur, tu en conviendras.

Je suis tellement lasse de la vie, plus déserte, plus silencieuse, plus muette pour moi que la mort, que tous les moyens me seront bons pour en sortir.

Voilà ce que j'ai trouvé.