—Il m'importe, à moi, la belle enfant! dit le bourreau; je ne fais pas mon métier par enthousiasme.
—Diable! et à moi aussi, dit l'homme à la carmagnole. Je dois mes comptes au tribunal révolutionnaire; ma demande est de trente têtes, et non de trente et une. Les bons comptes font les bons amis.
—Misérable! cria Henriot en brandissant son sabre et en s'adressant à l'exécuteur, je t'ordonne d'en finir avec cette aristocrate! Et, si tu ne m'obéis pas, tu auras affaire à moi.
—Citoyens, cria l'exécuteur s'adressant au peuple, j'en appelle à vous! On m'ordonne d'exécuter une enfant qui n'est pas sur ma liste. Dois-je le faire?
—Non! non! non! crièrent des milliers de voix.
—À bas Henriot! à bas les guillotineurs! crièrent quelques spectateurs.
Henriot, à demi ivre comme toujours, poussa son cheval dans la foule, du côté d'où venaient les menaces.
Alors les pierres commencèrent à pleuvoir et les bâtons à se lever.
—Prends mon bras, citoyenne, dit l'homme à la carmagnole.
Le tumulte augmentait. Le peuple se jetait sur l'échafaud pour le démolir; les gendarmes accouraient au secours de leur chef. Je voulais bien mourir, mais je ne voulais pas être mise en pièces ni écrasée sous les pieds des chevaux.